lundi, 14 janvier 2019 15:41

Un large front d’opposant-e-s pour contrer la loi sur la “laïcité”

La Coordination contre une loi sur la « laïcité » contraire aux droits fondamentaux présentait ce matin en conférence de presse ses arguments contre la Loi sur la « laïcité » de l’Etat (LLE). Un panel de personnalités, représentant la diversité des organisations qui s’opposent à la loi – de la gauche aux syndicats, en passant par les mouvements féministes, StopExclusion, les Juristes progressistes, des organisations musulmanes et, enfin, le Parti évangélique –, ont présenté les nombreuses raisons de voter NON à une loi considérée comme arbitraire, discriminatoire et inutile.

Non à une loi liberticide, qui caricature la laïcité, bafoue les droits humains et trahit l’esprit de Genève
Nous voulons une Genève laïque, pratiquant une laïcité démocratique respectueuse des droits de chacun·e. L’Etat n’a pas à intervenir dans les questions religieuses. Il ne doit pas y avoir de régime particulier pour les un·e·s ou les autres en la matière. La liberté de conscience, d’opinion, d’expression, d’association, de manifestation, soit tous les droits et libertés publiques sont à appliquer dans ce domaine comme dans les autres. Evitons en la matière des dérives «à la française».

La coordination s’oppose à la nouvelle loi sur la «laïcité» de l’Etat (LLE), indigne de notre Genève multiculturelle, car:

  • Elle contredit la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH) ratifiée par la Suisse en matière de liberté de conscience et de religion (art.9, al.1). Des recours en justice contre cette loi liberticide sont déjà pendants pour ce motif
  • Elle viole gravement l’égalité citoyenne soumettant les un-e-s et pas les autres à des interdits particuliers.
  • Elle donne des pouvoir arbitraires au Conseil d’Etat pour reconnaître ou non telle ou telle religion comme acceptable et pour suspendre des libertés publiques à titre préventif de «troubles» religieux que Genève ne connaît pas.
  • Elle invente des règles spéciales pour les manifestations religieuses plutôt que de les soumettre à la loi qui régit toutes les manifestations, syndicales, sociales, politiques, associatives, sportives…
  • Elle étend une «contribution religieuse» prélevée par le fisc pour certaines églises, alors qu’aucun groupe non religieux n’a ce privilège, quelle que soit son utilité sociale ou environnementale.
  • Elle se mêle de questions religieuses dans lesquelles un Etat neutre en la matière, comme le veut la constitution, ne devrait pas s’ingérer: distinguer des pratiques religieuses «cultuelles» ou non par ex. n’est pas du ressort de la loi, pas plus que dicter la manière dont les religions doivent s’organiser.

Pour le droit des femmes à décider pour et par elles-mêmes
Ce sont surtout des femmes portant un foulard qui sont ciblées par l’interdit du port de «signes religieux». C’est discriminatoire! La loi induira ainsi pour certaines des difficultés à se former et à accéder au travail ou à l’engagement citoyen. C’est inacceptable! En limitant leur possibilité de gagner en autonomie, notamment financière, on les rendra plus vulnérables! Chaque femme doit pouvoir vivre comme elle veut, sans discrimination, violence ou autres obstacles. Un enjeu central de l’égalité femmes – hommes est la liberté de disposer de son corps. Avec cette loi, c’est un parlement avec 70% d’hommes, qui prescrit comment des femmes doivent ou non se vêtir. Toute loi réduisant l’auto-détermination de certaines femmes est une attaque contre toutes et doit être rejetée!

Pour le respect des droits des salarié-e-s
Via la Charte suisse sur la diversité au travail signée en 2018, Genève s’engageait pour l’égalité de traitement, notamment concernant les convictions religieuses de ses employé-e-s. Un engagement violé par cette loi qui veut «uniformiser» l’apparence des employé-e-s au mépris de leurs droits, induisant un «fichage» des convictions des employé-e-s… Or la laïcité de l’Etat doit se manifester dans la neutralité de l’action de ses employé-e-s, face à la population. Pas dans leur apparence.

En outre, cette loi impose un diktat sur les statuts du personnel d’entités publiques (SIG, TPG, Aéroport, EMS…) comme aussi des 45 communes, en violant leur l’autonomie. Dans les communes, des postes de patrouilleuses scolaires, de bibliothécaires, de mamans de jours sont menacés. Cette modification arbitraire imposée à des dizaines de milliers de salarié·e·s pourrait déboucher sur nombre de licenciements. Enfin, la loi instaurera des inégalités absurdes entre le secteur public et le secteur associatif subventionné, notamment dans le parascolaire et les cuisines scolaires. Dans ces secteurs, alors qu’il sera possible pour un-e employé-e d’une association subventionnée de porter un signe religieux, son homologue travaillant dans une commune où le même service est municipalisé devra l’ôter.

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