Accueil » Nos idées » Echos du Grand Conseil
mardi, 17 décembre 2019 14:36

En attendant le Green New Deal… un budget pour rien : ni urgence climatique ni prestations sociales

Par Jean Rossiaud, député

C’est le MCG qui joue les arbitres au Grand Conseil pour l’adoption des budgets. L’an passé, il avait accepté tous les postes proposés par Ensemble à Gauche… et avait fait donc voter un budget « de gauche ». Cette année, il a préféré proposer à la droite d’accepter le paiement de l’annuité pour les fonctionnaires (que le Conseil d’Etat avait supprimé !), pour mieux refuser tous les postes proposés par celui-ci. C’est donc un budget de droite, irresponsable du point de vue des prestations à la population et inconscient de la crise climatique, qui a donc été accepté vendredi soir et que les Vert.e.s ont été contraint.e.s de refuser. Soumis à l’inconstance et l’incohérence politiques du MCG, ni le gouvernement ni le parlement n’ont été capables de proposer un cap. Il n’y a pas de pilote dans l’avion et nous continuons à foncer dans le mur avec une obstination morose ! Nous voulons une véritable réforme structurelle du budget et, en matière d’investissements, nous voulons un véritable Green New Deal, et immédiatement !

Dès le dépôt du budget, les Verts avaient désiré renvoyer le Budget 2020 au Conseil d’Etat : en effet, si Genève décrète l’urgence climatique, ce qu’Antonio Hodgers à fait récemment au nom du gouvernement, suite à l’acceptation à une très large majorité, après quelques amendements, de ma motion sur l’Urgence climatique : « Une réponse politique à l’appel des jeunes pour sauver le climat », cela devait absolument se refléter dans le budget, particulièrement en matière d’investissements. C’est ce que dit également Frédérique Perler dans son intervention introductive au débat : « Les Vert.e.s ont dénoncé l’invisibilité de la crise climatique dans ce projet de budget et constatent qu’aucunes mesures fortes nécessaires à la transition écologique n’ont été prévues pour y faire face, alors que l’urgence climatique a été déclarée par notre Canton ».

Or, ce n’était pas du tout le cas du budget 2020 du Conseil d’État, encore moins de celui sorti du Grand Conseil. Comme le disait Pierre Eckert dans l’interview pour le Tribune de Genève : « Ce n’est pas le déficit de 590 millions de francs qui nous fait agir. On pourrait vivre avec ce déficit, mais si c’est pour aller dans le mur, ce n’est vraiment pas la peine ». Lors de son intervention à la clôture du débat sur le budget, en expliquant pourquoi les Vert.e.s le refuseraient, il rajoutait : « ces prochaines années vont être marquées par deux composantes lourdes : l’une est le réchauffement climatique, qui représente pour l’Etat d’importants investissements à la fois en terme de mitigation et d’adaptation. (…) L’autre composante est un assèchement probable des ressources financières (…) Contrairement avec ce qui avait été martelé par les tenants de la RFFA, les prestations à la population sont clairement péjorées. (…) Au départ, nous avions craint la casse environnementale et climatique du budget. La majorité de droite et MCG a réussi le tour de force non seulement de ne pas améliorer le budget sur cet aspect, mais d’y ajouter une énorme casse sociale. »

Pourtant, voyant poindre le compromis délétère du MCG et de la droite, les Vert.e.s avaient tendu la main à tous les partis, pour leur proposer un compromis, certes douloureux, mais préférable à ce budget : renoncer à l’annuité des fonctionnaires pour l’année 2020, au profit du rétablissement d’une bonne partie des nouveaux postes et des prestations de tiers. Cette proposition n’avait pas été faite de gaieté de cœur, les Vert.e.s étant très attaché.e.s à la défense du service public et au respect par l’Etat de ses engagements d’employeur, dont fait pleinement partie l’annuité. L’argument principal a été donné par notre commissaire aux finances Mathias Buschbeck : «Les fonctionnaires souhaitent de nouveaux collègues davantage que l’annuité. Sans cela, certains services vont gravement dysfonctionner ». Pour démontrer leur détermination à sauver les prestations, les Vert.e.s ont donc refusé l’annuité en début de session du Grand Conseil, en vain, les fronts n’ayant pas bougé. 

Les fonctionnaires qui protestaient devant l’enceinte avaient prévu un « petit cadeau » pour les 100 député.e.s : une marmite de l’escalade avec, pour chaque député.e un massepain piqué d’une étiquette désignant les postes coupés. Devant l’interdiction qui leur était faite de distribuer eux-mêmes ces douceurs, Paloma Tschudi et moi-même (qui étions sorti de la salle pour éviter de devoir voter la suppression des annuités !) nous sommes proposé.e.s pour distribuer nous-mêmes les massepains aux député.e.s… avant de nous faire expulser par la sécurité…  Comme quoi, l’humour est une denrée rare et mal partagée …

Mais le résultat final est tout sauf drôle : sur les 412 nouveaux postes pour la fonction publique ont été coupés, 196 postes concernent directement l’école genevoise, alors que 1185 nouvelles et nouveaux élèves rejoindront les classes à la prochaine rentrée scolaire. Marjorie de Chastenay : « La suppression de ces poste est inacceptable. Parce qu’il est question de postes sur le terrain, sur la ligne de front. Biffer ces postes, c’est priver nos écoles, d’enseignant.e.s supplémentaires pour accueillir les nouveaux.elles élèves, mais c’est aussi bonder des classes déjà surchargées, renoncer à un accompagnement de qualité des enfants avec des besoins spécifiques dans le cadre de l’école inclusive, faute de personnel formé, freiner le développement des équipes pluridisciplinaires et le renforcement de l’enseignement primaire, refuser d’adapter les effectifs de classe, renoncer à la 3ème période de sport au CO, tourner le dos aux jeunes en situation de décrochage scolaire en lien avec FO18 et laisser les élèves s’entasser dans des salles trop petites ou alors carrément les faire changer d’école quand il n’y a plus de place dans les classes. Pour toutes ces raisons, les Vertes et les Verts ne pourront accepter de supprimer des postes, tel que proposé par le budget sorti de la commission des finances, au détriment des générations futures ».

Le SPAD et le SPMi font aussi les frais de ces coupes, alors que leur personnel souffre déjà largement d’un manque chronique d’effectifs, sans parler des transports publics, qui manqueront de conductrices et conducteurs pour accompagner la mise en service du Léman Express. La liste est longue et la population genevoise est la grande perdante des mascarades de la droite et du MCG. Plus de 20 millions de francs de prestations de tiers ont également été coupés, dont une bonne partie permettait de financer des mandats externes en vue de la sauvegarde de nos espaces naturels.

Dans le domaine de la santé, Alessandra Oriolo : « La politique de la santé marche sur la tête. Plus nous dépensons pour la santé, plus nous sommes malades. Il faut changer de paradigme et remettre la santé sur ses pattes ! Les Vertes* veulent des réformes structurelles qui mettent les budgets en priorité sur la promotion de la santé, et puis sur la prévention des maladies, et enfin sur le curatifs. Notre mode de développement est pathogène. Nous devons impérativement diminuer la pollution, interdire la malbouffe, diminuer le stress au travail, interdire les produits nocifs trop riches en sucre, en sel ou emballé dans des plastiques qui distillent dans notre organisme de quantités phénoménales de micro-plastiques ».

Alessandra a insisté, quand nous avons abordé la politique de cohésion sociale : « Pour nous les Vertes*, ce budget ne répond ni à l’urgence climatique ni à l’urgence sociale. Si nous voulons une société inclusive, où tout une chacune a une chance dans la vie, nous devons mettre en place une autre politique sociale. Il faut arrêter de travailler avec une politique en silos, et sortir rapidement les Genevoises de la pauvreté et de la précarité dans laquelle les politiques publiques des 30 dernières années, votées sans sourciller par ce parlement, les a engluées. C’est pourquoi, nous les Vertes proposons un Revenu de base inconditionnel. » 

Ce budget, sans perspective ni vision, anti-écologique et antisocial, ne permet même pas de diminuer le déficit initial présenté par le Conseil d’Etat, situé au chiffre record de 590 millions de francs. Pour répondre aux défis du réchauffement climatique, il faut changer totalement de paradigme et opérer de profondes réformes de structure de l’Etat. C’est ce que les Vert.e.s ont répété tout au long de l’analyse du budget, politique publique par politique publique. Comme l’a martelé Yvan Rochat, alors que nous parlions de fiscalité: « il est temps de se ressaisir et de définir une fiscalité qui permette, d’une part, de répondre aux besoins prépondérants de notre population en matière de politique environnementale, d’instruction publique et de politique sociale, mais également en étant capable ensemble comme le demande notre jeunesse et une partie de plus en plus importante de la population qui a exprimé son inquiétude environnementale lors des dernières élections fédérales, de revoir notre fiscalité en acceptant que celle-ci couvre les besoins et s’occupe véritablement de l’impératif d’une transition fiscale écologique comme l’exige l’urgence climatique votée par notre parlement ».

Nous voulons une véritable réforme structurelle du budget et, en matière d’investissements, nous voulons un véritable Green New Deal, et rapidement !

* l'utilisation du féminin générique n'exclue personne (AO). 

Les Verts genevois ?

Écologiquement cohérents, socialement engagés, globalement solidaires.

Lire la suite

Recevoir la newsletter ?

Nous contacter ?

14, rue des Voisins
case postale 345 - 1211 Genève 4

Tél. +41 22 800 38 48
E-mail : info(at)verts-ge.ch
CH15 0839 0034 9879 1000 6
Parti écologiste genevois (Les Verts)
Formulaire email et plan d'accès

Rester connecté-e !

facebooktwitteryoutubeinstagramrss